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La consolidation des ruines : les choix techniques

Les choix effectués.

Liaisonnement des pierres de parement :
Liaisonnement des pierres de blocage :
la consolidation par gunitage.





Les choix effectués.

Dans le cadre d'un programme de consolidation, quelle attitude faut-il adopter? Consolider en gardant autant que possible l'aspect qu'avait le monument juste avant l'intervention... ou lui rendre l'aspect qu'il pouvait avoir dans ses parties conservées, au temps de sa splendeur? Cette deuxième attitude, sans en avoir l'air, relève de la conjecture et pourrait déboucher sur des aberrations. Ainsi, par exemple, discuter sur la couleur des joints de mortier de l'intérieur de la Chambre de Parement est tout à fait gratuit dans la mesure où l'on a la preuve que ces murs étaient à l'origine couverts d'un enduit. Les bases de certaines tours (la Tour du Guet, celle du Donjon) qui aujourd'hui nous semblent former les angles (côtés extérieurs) d'un corps de logis étaient en réalité englobées dans ce dernier.

De pareilles considérations incitent donc à la prudence, il faut se défier des apparences et de sa propre imagination. La sagesse inviterait plutôt à choisir la première solution : garder l'aspect d'avant la consolidation (restriction à faire pour de maladroites réparations contemporaines), nécessité qu'il faut évidemment concilier avec des impératifs techniques.
Le gunitage permettant de liaisonner en profondeur les pierres de parement, on peut donc sans aucun inconvénient pour la stabilité, se permettre de creuser les joints des maçonneries. Du point de vue esthétique, cette solution est très intéressante car elle rend l'intervention peu visible. De plus, elle autorise un rejointoiement manuel ultérieur si on estime devoir redonner aux maçonneries leur aspect d'avant la consolidation.

Les parements qui ont été démontés seront toujours replacés, par rapport au massif de blocage, de manière à permettre un remontage des maçonneries en élévation (ex:suppression des hors-plombs). Ce remontage ne pourra se faire que sur des bases archéologiques et architecturales certaines.

Contrairement au parement, le blocage apparent présente une superficie où le mortier prédomine sur la pierre, en soulignant de façon peu esthétique l'aspect délabré du bâtiment. Or, dans ce cas précis, une intervention de consolidation, pour être efficace, se doit d'accroître la masse de mortier pour maintenir solidement les pierres saillantes et informes qui bien souvent sont sur le point de tomber. Autrement dit, sur un pan de blocage, on ne peut guère masquer l'intervention et l'on accentue le pourcentage de superficie visible de mortier par rapport à celui de la pierre.
Cette nécessité technique influe forcément sur le choix de la couleur à donner au mortier de consolidation. Faut-il opter pour une couleur se rapprochant de celle du mortier d'origine, en particulier quand la teinte de ce dernier contraste fort avec celle de la pierre (c'est le cas a Montaigle: le mortier ancien est jaune pâle et les pierres sont des calcaires bleu-gris).? Ne va-t-on pas faire ressortir outrageusement toutes les misères du bâtiment, aussi bien dans la consolidation des pans de blocage que dans celle des parements, rarement intacts même s'ils sont restés en place?
Après mûre réflexion et examen d'échantillons allant du gris au jaunâtre, il a été décidé de choisir une teinte se rapprochant le plus de celle de la pierre, mais suffisamment claire pour qu'il y ait un certain contraste avec celle-ci.




Liaisonnement des pierres de parement :

Le microbéton gris, en joints concaves et en retrait, est peu visible. L'aspect général reste proche de ce qu' était le parement antérieurement : joints disparus sur une certaine profondeur à cause des intempéries et de la mauvaise exposition des murs traités . Le microbéton gris permet également de reconstituer de façon discrète certains parements cassés ou incomplets.





Liaisonnement des pierres de blocage :

Le microbéton gris permet d'atténuer les taches inesthétiques que constituent les zones de blocage apparents dans les murailles. Les meilleurs résultats s'obtiennent en éliminant le plus possible l'ancien mortier de liaison auquel on substitue du microbéton en suffisance mais sans excès pour laisser en saillie un maximum de pierres de blocage.

C'est dans le même souci de garder au monument un aspect proche de celui qui était le sien avant l'intervention que l'on se refuse de recourir au sablage pour nettoyer les murs traités. On veut au contraire sauvegarder la patine des pierres et leur microvégétation (en particulier les beaux lichens orange si caractéristiques de la grande façade). D'où le nettoyage à l'eau des maçonneries traitées. D'ailleurs, les essais réalisés antérieurement (1976,1977) montrent que le microbéton employé vieillit bien : il s'éclaircit par oxydation du gravillon calcaire et se montre accueillant pour la microvégétation (mousses, lichens).

Enfin, et toujours dans la même optique, il a été décidé d'amorcer la réimplantation naturelle de végétation non-ligneuse sur le faîte des murs traités, d'une part pour préserver la chape faîtière en atténuant les variations thermiques et hygrométriques, d'autre part pour d'évidentes raisons d'esthétique (retour à l'aspect antérieur dans la mesure du possible). On notera que les avis ne sont pas unanimes quant à l'opportunité de favoriser la réinstallation d'une certaine végétation, l'expérience mérite d'être tentée mais surveillée de très près.

La suppression du lierre, qui a causé des ravages terribles qu'on peut prouver, photos à l'appui, diminue peut-être le caractère "pseudo-romantique" des ruines (l'iconographie de l'époque romantique ne révèle pas de végétation luxuriante), mais celles-ci y gagnent en vigueur et en intérêt architectural : bon nombre de particularités intéressantes ont été découvertes sous ce lierre dévastateur...



 

la consolidation par gunitage.

 

L'objectif du gunitage est de consolider aussi discrètement que possible les murailles, en pratiquant la projection de matériaux de granulométrie adéquate. Cette technique vise donc à stopper la dégradation des murailles. Pour des raisons évidentes d'esthétique, le gunitage doit être suivi d'un nettoyage de la face visible des pierres qui auraient été souillées au cours de l'intervention. Ce nettoyage est aussi fondamental que le gunitage lui-meme.




Le nettoyage des maçonneries avant gunitage.

L'enlèvement de la végétation qui pousse dans les zones à guniter doit toujours se faire de haut en bas. Les racines ne sont arrachées que dans la mesure où l'on ne risque pas de démolir ou de bouleverser des éléments construits. Les racines qui pénètrent trop profondément dans les murs sont sectionnées aussi loin que possible et traitées chimiquement si des rejets sont à craindre. Cependant, si c'est possible, il est préférable de démonter les maçonneries. En plus de l'élimination des racines, ce démontage permettra de supprimer les poches de terre fine qui se sont crées inévitablement derrière les parements. Ce démontage est indispensable pour les faîtes qui sont directement exposés aux infiltrations d'eaux pluviales.

Le nettoyage des joints se fait d'abord à l'outil (truelle, fer à joint,... ) pour éliminer au maximum la terre, les débris végétaux et les mortiers désagrégés. On recourt tout particulièrement à l'air comprimé pour évider en profondeur les interstices des parements disjoints. La force du jet sera réglée de façon à ne pas pousser ou disloquer les maçonneries. Il faut prendre toutes les mesures pour maintenir en place, dans l'attente du gunitage, les pierres branlantes, en particulier les pierres de parement situées sur le pourtour des zones de blocage apparent. Selon les cas, ces pierres sont étançonnées ou démontées pour être ensuite remaçonnées à l'endroit d'où elles proviennent
Dans la mesure du possible, les parements déchaussés qui ont pris une position anormale, sont remis en place et maintenus, voire remaçonnés si nécessaire.





Le gunitage.

La consolidation d'un monument nécessite un matériel de gunitage au débit réduit, permettant de projeter avec une grande précision afin de diminuer le gaspillage des matériaux et surtout éviter de trop souiller les pierres qui doivent rester apparentes.

Pour réduire au maximum les travaux de nettoyage, on prend, avant de guniter, les précautions nécessaires pour éviter de souiller les environs de la zone traitée, qu'il s'agisse de murailles contigues, de l'assise rocheuse des ruines, de pierres écroulées situées en contrebas ou de la végétation voisine qui n'est pas appelée à disparaître.

En projection, la pression de gunitage est réglée de manière à ne pas pousser ou disloquer les maçonneries.

Le gunitage doit fixer,par de discrets encorbellements, les pierres de parement branlantes situées sur le pourtour des zones dégradées. Pour des raisons de sécurité, il est préférable de fixer ces pierres avant de passer à la consolidation du blocage. L'épaisseur des encorbellements ne peut empêcher la pose ultérieure éventuelle d'un parement. Le gunitage doit également rendre de la cohésion au blocage apparent.

Une attention particulière doit être portée aux faîtes des murs. Une chape étanche est obtenue par adjonction d'une poudre hydrofuge au microbéton De plus, il faut veiller à maintenir les dénivellations caractéristiques des faîtes, tout en facilitant au maximum le ruissellement des eaux pluviales.





Le microbéton.

La composition doit répondre à deux exigences: procurer une consolidation efficace et respecter l'esthétique du monument. En conséquence, le microbéton doit avoir un grand pouvoir d'accrochage aux maçonneries existantes et une très bonne résistance aux intempéries, particulièrement au gel.

La consistance à donner au microbéton sera suffisante pour fixer rapidement les pierres instables. Le temps de prise doit être étudié pour permettre le nettoyage des pierres dans les meilleures conditions.

Le microbéton utilisé à Montaigle est un mélange de sable de carrière, de sable de rivière (0/5) et de gravillons calcaires (2/4) dans les proportions 1/3,1/3,1/3 en poids. Les critères de qualités exigés pour ces matériaux sont sévères et souvent supérieurs à ce qu'admettent les normes. Le liant utilisé est un liant hydraulique (ciment Portland et/ou chaux). On peut, suivant les cas, y adjoindre un accélérateur de prise en poudre.





Le nettoyage des maçonneries après gunitage.

Le but de cette opération est de rendre la consolidation aussi invisible que possible.Il s'agit d'éliminer le microbéton (excédents, traces de coulées,etc...) là où sa présence ne joue aucun rôle essentiel dans la consolidation mais compromet l'esthétique du monument. On élimine toute trace de coulée sur la face apparente des pierres de parement. On nettoie un maximum de gros moellons dans les zones de blocage afin de rompre l'uniformité du voile de béton projeté. Le nettoyage vise à restituer l'aspect initial des pierres autant que faire se peut et respecter leur patine. Il est exclu de recourir au sablage, à l'emploi de brosses métalliques, ou à tout effet d'abrasion inconsidéré. Le nettoyage se fait à l'eau sous pression avec une lance à jet conique.

Le nettoyage doit être exécuté le jour même du gunitage, lorsque le microbéton est suffisamment durci pour résister au lavage, tout en étant encore assez friable pour être enlevé par grattage. Il est important d'établir soigneusement le programme de travail de la journée en fonction du temps de prise et des conditions atmosphériques.

Il faut veiller également à éliminer toute trace de microbéton ou de poussière de ciment, qui aurait pu souiller l'environnement immédiat de la zone traitée.

Au début de la journée de travail suivante, on procède à un dépoussiérage avec un nettoyeur haute pression ou à la brosse douce suivi d'un arrosage.