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Restauration des monuments, bref aperçu historique




Introduction

Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) auteur du “Dictionnaire raisonné de l’Architecture française du XII au XIVème siècle” contribua par son action à sauver de la destruction le patrimoine gothique français. Il fut un des pionniers de la restauration des monuments anciens et ses idées suscitaient déjà la polémique.
Viollet-Le-Duc reconstituait des éléments disparus, rajoutait des parties, se permettait de corriger les “erreurs ou imperfections” d'origine et de terminer les oeuvres inachevées. Dans son Dictionnaire, il écrit “restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné”.

A l’opposé, l’anglais John Ruskin (1819-1900) refuse toute restauration: “la restauration... signifie la plus totale destruction qu’un bâtiment puisse souffrir”. Ruskin prône la conservation plutôt que la restauration. Le travail des générations passées donne, selon lui, un caractère sacré aux édifices.
Pour lui, le bâtiment a une âme, l’âme que lui a donné l’artisan avec ses bras et ses yeux et si on lui donne une autre âme, ça sera alors un nouvel édifice. Ruskin est également contre l’imitation.

Pour Ruskin restaurer un monument c’est porter atteinte à son authenticité. Il conseille donc de prendre soin des édifices, de les conserver afin d’éviter tout acte de restauration. Cependant, si une restauration est nécessaire, elle doit garder un caractère exceptionnel et se faire sans interprétation.

En France, à côté des positions extrêmes de Viollet-le-Duc, on peut trouver des attitudes plus nuancées se rapprochant davantage de celle de Ruskin.
Pour Mérimée l’intervention doit être réduite au minimum possible, afin de garder la patine des monuments, qu’il considère comme étant leur qualité essentielle.
Pour Victor Hugo, il faut “les consolider, les empêcher de tomber, c’est tout ce qu’on doit se permettre”. La beauté d’un monument, lui vient des marques du temps ou des Hommes.

Ingénieur, architecte et historien d’art sont les différentes formations qui permettent à Camillo Boito, de se situer entre deux mondes devenus étrangers: celui de l’art et celui des nouvelles techniques. Boito condamne les restaurations de Viollet-le-Duc, mais refuse aussi le non interventionnisme de Ruskin.

Son principe de restauration est fondé sur la notion d’authenticité. Il souligne la valeur de toutes les époques et invite à être prudent lorsque l’on dégage des structures anciennes. Il recommande également de préserver les additions successives de chaque époque. Comme Viollet-le-Duc, Boito affirme la priorité du présent sur le passé, ainsi que le bien fondé de la restauration.
Il défend la consolidation plutôt que la réparation, et la réparation plutôt que la restauration. Toute restauration doit être datée, marquée par le style et les techniques de l’époque de l’intervention. Celle-ci, doit pouvoir se distinger d’un coup d’oeil des parties originelles.
Pour ce faire, il propose différents artifices. Matériaux différents, de couleurs différentes, de ceux du monument originel, apposition sur les parties restaurées d’inscriptions et de signes symboliques précisant les conditions et les dates des interventions et photographies des différentes phases des opérations.”

Boito prône différentes approches de la restauration dépendant de l’époque et du style du monument. Il propose trois types d’interventions: pour les monuments de l’Antiquité, une restauration archéologique basée sur l’exactitude scientifique et considérant seulement la masse et le volume, et pas les ornementations; pour les monuments gothiques, une restauration mettant son attention sur l’ossature et non sur les décors de l’édifice; enfin pour les monuments classiques et baroques une restauration architecturale prenant en compte la totalité de l’édifice.
Enfin, après les travaux, il conseille de réaliser une exposition et des publications.

Quelques textes importants, fruits des réflexions et expériences du siècle précédent, ont fondé durant ce XXe siècle une véritable philosophie de la restauration aujourd’hui largement acceptée.




La Conférence d’Athènes,1931

La Conférence Internationale qui s’est tenue à Athènes du 21 au 30 octobre 1931, reconnaîtra unanimement “que le respect de l’oeuvre historique s’impose à un égal degré pour tous les styles; qu’un monument, toute considération de valeur artistique mise à part, est un document au même titre qu’une charte et qu’il ne serait pas plus admissible d’altérer le texte de ces grandes archives de pierre sous couleur de corrections, de compléments ou d’unité de style, qu’il ne serait de les laisser perdre par abandon”.

Les conclusions soulignent “l’importance de l’entretien régulier de l’édifice, afin d’éviter les restitutions intégrales”. Dans le même ordre d’idées que Boito elle recommande l’emploi des techniques modernes, mais en les dissimulant.

La Conférence d’Athènes prône la collaboration de toutes les disciplines dans la recherche de méthodes de conservation. Elle aborde aussi des questions toujours d’actualité, comme l’importance de l’affectation du monument qui doit respecter le caractère de celui-ci.




La Charte de Venise, 1964

(Une charte définit une philosophie commune sur une matière spécifique et n’implique aucune obligation juridique)

Au mois de mai 1964, 611 participants venus de 42 pays se sont réunis à Venise à l’occasion du deuxième congrès des Architectes et Techniciens des monuments historiques dans le but “réexaminer les principes de la Charte (d’Athènes) afin de les approfondir et d’en élargir la portée dans un nouveau document”.

La notion du monument historique est étendue aux sites urbains ou ruraux comme aux “oeuvres modestes qui ont acquis avec le temps une signification culturelle”.

On dépasse le concept du monument admirable “d’art et d’histoire”.

La Charte proclame aussi que “la restauration est une opération qui doit garder un caractère exceptionnel... Elle s’arrête là où commence l’hypothèse, ... tout travail de complément reconnu indispensable pour des raisons esthétiques ou techniques relève de la composition architecturale et portera la marque de notre temps”.

La Charte souligne encore que “les apports valables de toutes les époques à l’édification d’un monument doivent être respectés, l’unité de style
n’étant pas un but à atteindre au cours d’une restauration”.
La consolidation d’un monument peut faire appel à toutes les techniques modernes, éprouvées, si les techniques traditionnelles s’avèrent inadéquates. C’est un recul par rapport à la Conférence d’Athènes qui prônait plus franchement l’utilisation des techniques modernes.
La Charte de Venise réaffirme par ailleurs l’importance de l’entretien des monuments et de leur réaffectation dans la société.
Elle impose enfin la conservation du cadre traditionnel comme indissociable de celle du monument.




La Charte européenne du Patrimoine Architectural et la Déclaration d’Amsterdam 1975

L’objectif du Congrès d’Amsterdam était de faire connaître à un large public la notion de conservation intégrée, avec ses aspects sociaux, économiques, juridiques, administratifs et techniques.
Ce Congrès fut le couronnement de l’année Européenne du Patrimoine Architectural.
Quelques points importants de la déclaration d’Amsterdam:
- les richesses patrimoniales appartiennent à tous les européens, ils ont donc le devoir de les protéger ensemble des dangers (démolition, délabrement, conflits, etc..)
- la conservation du patrimoine architectural doit être considérée comme un objectif majeur de la planification urbaine et de l’aménagement du territoire
- les pouvoirs locaux sont responsables de la protection du patrimoine architectural et doivent s’entraider par des échanges d’idées et d’informations
- la réhabilitation des quartiers anciens doit être conçue et réalisée autant que possible, sans modifications importante de la composition sociale des résidents
- les mesures législatives et administratives nécessaires doivent être renforcées et rendues efficaces dans tous les pays
- la conservation intégrée demande des moyens financiers appropriés





La Convention pour la sauvegarde du Patrimoine Architectural de l’Europe ou Convention de Grenade 1985

(Une convention est un document juridique qui engage les parties contractantes)
Cette convention marque la consécration juridique sur le plan international de vingt années de coopération européenne en matière de patrimoine architectural.

Elle a pour but :
- renforcer et promouvoir les politiques de sauvegarde et de mise en valeur du patrimoine européen
-affirmer une solidarité européenne autour de la conservation de ce patrimoine et de favoriser une collaboration concrète des Etats et des régions
Aux critères de référence tels que l’intérêt historique, archéologique, artistique, scientifique, viennent s’ajouter l’intérêt social ou technique.
La Convention de Grenade consacre la notion de conservation intégrée du patrimoine dans le cadre de vie de la société contemporaine.
La Convention de Grenade soulève également le problème de la nécessaire réaffectation du patrimoine architectural comme l’avaient déjà affirmé la Conférence d’Athènes et la Charte de Venise.